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Mardi confession : j'ai perdu mon grand-père.

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Mardi confession : j'ai perdu mon grand-père.
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(english version, at the very bottom) Salut les amis.

Voilà environ cinq jours que je n'ai rien posté ici. Certains d'entre vous sont déjà au courant : j'ai perdu mon grand-père il y a quelques jours.J’étais persuadée que ça ne me ferait rien.

Il y a quelque temps, je vous l’avais confié, non sans culpabilité.

Parce que je ne connaissais pas bien mon grand-père.

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Il était déjà souvent à l'hôpital, faisait des allers-retours chez lui, et cela faisait plusieurs années que nous n'avions plus vraiment de contact. Je n'ai pratiquement pas connu mon grand-père entre mes 4 ans et mes 25 ans parce que mes parents étaient fâchés avec une partie de la famille.  Mon grand-père et moi avons essayé, chacun à notre manière, de construire vaguement quelque chose. Des coups de téléphone une à deux fois par an, des petits mots envoyés par la poste. Pourtant, il y a eu tous ces appels auxquels je n'ai pas répondu, ces moments où je me suis dit que je rappellerais plus tard, ou parfois même que c'était trop tard, qu'il aurait fallu qu'on apprenne à se connaître quand j'étais enfant et non maintenant que j'étais adulte.

Je me souviens notamment qu'il m'avait appelée la veille de notre mariage. Ce jour-là, je n'ai pas répondu. J'étais occupée, je courais partout, je cuisinais avec un ami qui était aussi notre témoin. En fait, je crois surtout que je trouvais la situation étrange et profondément inconfortable. Je savais qu’il m’appelait pour me féliciter et je ne savais pas quoi faire de ses félicitations. Comment remercier les vœux d'un grand-père qui, dans un monde idéal, aurait dû être présent ce jour-là mais ne l'était pas ? Comment ne pas ressentir à la fois de la tristesse, de la gêne et une forme d'injustice face à cette situation ?

J'ai laissé sonner. En me disant que je rappellerais plus tard. Comme on se le dit tous parfois.

Et je n’ai jamais rappelé. 

Je ne sais pas pourquoi j'ai réagi comme ça, c'était sûrement très lâche de ma part. Ou peut-être était ce autre chose d'indéfinissable.

Peut-être que ma réaction était une forme de protection dans une famille compliquée, où certaines blessures et certaines déceptions ont fini par rendre les relations simples plus difficiles qu'elles ne devraient l'être. Je crois surtout que je ne savais pas quoi répondre à cet appel, ni à tout ce qu'il représentait dans ma vie sans véritable cocon familial. Sans véritable présence de grands-parents.

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Quand je suis née, pourtant, j'avais une grande famille. Mes parents étaient ensemble, nous voyions mes grands-parents, mes oncles, mes tantes, et j'avais trois grands frères adolescents. Mais mes parents étaient deux personnes extrêmement différentes. Ce qui faisait d’eux une équipe et qui les rendait complémentaires au départ a fini par les opposer, puis par les déchirer. Tellement fort qu’ils parlent sur l’un l’autre, encore maintenant, des années après leur divorce. 

Mon père, est quelqu'un dont j'ai parfois du mal à savoir ce qu'il ressent réellement. Je me demande parfois même s’il ressent, c’est drôle. Je pense qu'il ressent énormément de choses, mais qu'il s'interdit presque systématiquement de les montrer et je ne sais pas pourquoi. Il est très terre à terre, très rationnel, très pragmatique. Pour lui, tout semble pouvoir être expliqué, analysé, décortiqué. Les relations humaines, l'amour, les liens familiaux, la foi en quelque chose, peu importe quoi. Tout passe par le filtre de la logique. C’est le genre de personne qui dit à sa fille “pour bien préparer un mariage, il faut bien préparer le divorce” quand elle lui annonce avec joie qu’elle va se marier. 

Les gestes tendres sont rares, les démonstrations d'affection aussi. Si tu ne l'appelles pas, il ne t'appelle pas. Et quand il finit par appeler, c'est souvent pour te rappeler que tu n'as pas appelé. Il est comme ça. Quand tu lui confies quelque chose qui te fait souffrir, il entend un reproche. Quand tu lui parles de quelque chose de positif, il a tendance à penser qu'il en est responsable. Et j'ai souvent l'impression qu'il tourne entre ces deux interprétations du monde, parce qu'accepter toute la complexité des émotions humaines reviendrait aussi à accepter sa propre vulnérabilité. Sa sensibilité est un mystère pour moi.

Ma mère, c'est très différent.

Alors que mon père est né dans une famille de commerçants plutôt aisée du Lille des années 60, ma mère a grandi dans une famille profondément dysfonctionnelle, où régnaient la pauvreté, les cris et l'alcoolisme depuis plusieurs générations. 

À la base, c'était quelqu'un de très lumineux. Quelqu'un de jovial, de créatif, curieux de tout. Elle s'intéressait à la musique, aux voyages, aux autres cultures, aux films, au théâtre, aux livres, à la déco, au dessin. Elle avait quelque chose de très solaire. Mais derrière cette lumière se cachait aussi une immense tristesse, forgée par les coups, les humiliations et l'insécurité de son enfance. Et l’ombre de parents avec lesquelles elle a coupé contact vers 35 ans.

Je ne sais pas exactement ce qui lui a plu chez mon père, tant elle est forgée différemment. Elle a certainement vu en lui une forme de stabilité. Son humour et son côté fonceur. Peut-être qu'elle y a trouvé la structure et la sécurité qu'elle avait toujours cherchées. Ou peut-être que la réponse est plus simple et plus ancienne que ça, parce qu'avant d'être son mari, il avait d'abord été son ami d'enfance.

Pourtant avec le temps, les incompréhensions se sont accumulées. Les plaies ouvertes se sont multipliées. 

Mon père ne semblait jamais aimer assez une femme qui, elle, aimait trop fort et projetait tout dans son couple en espérant avoir la famille qu’elle n’avait jamais eu. Elle imaginait aller loin avec lui. Elle a sincèrement essayé de le faire devenir ce qu'elle attendait : quelqu'un de démonstratif, curieux du monde, expressif dans ses émotions. Peut-être était-il un peu comme ça au début, je ne sais pas et je pense que je ne saurai jamais. 

Puis les années ont passé. Mon père a gravi les échelons dans son entreprise. Le jeune homme en pattes d'eph et blouson de cuir, celui qui riait en mobylette avec ses amis et se levait à cinq heures du matin sans se plaindre, est progressivement devenu un homme de responsabilités. Respecté et apprécié. Admiré même. Attentif aux autres, certes, mais aussi de plus en plus attentif à ce que les autres pensaient de lui.

Selon ma mère, il est devenu différent à partir de cet instant précis. Il disait parfois avec une certaine fierté qu’au travail “on le redoutait”. Elle n’a jamais su si c’était pour ses compétences, ou plutôt pour certains traits de caractères qui se révélaient alors. Elle, de son côté, ne reconnaissait plus vraiment l'homme dont elle était tombée amoureuse et l’enfant avec lequel elle avait joué dans les rues de Lille. À cette époque, j’étais encore petite, et je le mettait sur un piédestal. J’aimais ma mère d’ailleurs tout autant. 

Elle, avait toujours manqué de quelque chose. D'amour. De reconnaissance. D'élans du cœur. De famille aimante. Elle me disait souvent en regardant le ciel noir qu'elle était persuadée que quelqu'un l'aimait quelque part, mais qu'elle ne l'avait simplement pas trouvé sur cette planète.

Avec le temps, elle a commencé à boire. 

Mon père retrouvait des bouteilles vides cachées dans les endroits les plus improbables : dans le garage, derrière des livres de cuisine, des romans, des guides de voyage, des disques. Et forcément, ce qui était lumineux chez elle est devenu sombre. Ses "je t'aime" se sont transformés en "je te déteste". Ses caresses sur ma tête se sont transformées en baffes. C'était toujours la même personne. Toujours la même intensité. Mais avec un poison diffus entre les deux. À cette époque, mon père me confiait en quantifiant son amour pour elle :  “avant, ta mère était méchante un jour sur 31, maintenant, elle est gentille un jour sur 31”. 

Evidemment : tout n'est pas la faute de mon père, et tout n'est pas la faute de ma mère non plus. C’est juste que leur histoire d'amour passionnelle s'est simplement transformée en destruction. Et nous, leurs enfants, sommes devenus les réceptacles de toute cette douleur et de ces incompréhensions. En parlant de ça d’ailleurs, avec le recul, j'ai parfois l'impression qu'ils sont restés des enfants eux aussi. Ma mère, une enfant blessée qui n'avait jamais reçu ce dont elle avait besoin. Mon père, un enfant qui avait connu la sécurité, des parents présents, un foyer stable, mais qui ne savait pas quoi faire face à une souffrance qu'il ne comprenait pas. Et personne n'a su quoi faire de tout ça.

Parentifiée, je suis devenue la psy, la confidente de mon père à treize ans, quand leur couple est devenu beaucoup trop difficile à gérer pour eux. Je me suis retrouvée à écouter des histoires de couple que je n'aurais jamais dû entendre. À essayer de démêler des problèmes que je n'avais jamais vécus. À jouer un rôle qui n'était pas le mien. Et plus je me rapprochais de lui, plus ma mère semblait me rejeter et penser que j’étais “dans son camp”, alors que j'essayais simplement de sauver ce qui pouvait encore l'être.

Et lorsque les deux se retrouvaient, j'étais souvent rejetée à mon tour, comme un objet cassé dont on ne sait plus quoi faire. Quelque chose qu'on jette parce que ça ne fonctionne plus, puis qu'on ressort parfois de la poubelle en espérant pouvoir encore s'en servir un peu.

Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça alors que je voulais simplement vous parler de la mort de mon grand-père ?

Parce que dans ce contexte-là, mes parents ont fini par se refermer entièrement sur eux, et sur leurs propres problèmes. Mon père dans le travail. Ma mère dans une addiction qu'elle n'a jamais reconnue, pas même aujourd'hui. Et le reste de la famille a fini par s’éloigner jusqu’à disparaître. 

J'ai perdu un oncle très jeune et j'ai dû faire le deuil seule de quelqu'un qui est parti de manière brutale et traumatisante. Je n'ai plus vu ma tante, mes autres oncles. Je n'ai plus vu mes cousins et cousines.

Et je n'ai plus revu mes grands-parents.

Ça faisait déjà longtemps qu'ils avaient quitté notre quotidien. La raison officielle est qu’il y avait eu une dispute ridicule autour d'une histoire de cadeaux de Noël. Mais avec le recul, je ne crois pas que ce soit la vraie raison. En fait je crois simplement qu'une famille entière était en train de s'effondrer sur elle-même à cause d’années de non dits de parts et d’autres. 

Mes frères sont partis très tôt de la maison. Comme moi qui suis partie à 18 ans vivre dans une capitale qui m’était totalement inconnue. A l'époque, je vivais dans un garage, sous une maison de ville. Et c’était paradoxalement plus sécurisant émotionnellement. 

Personne n'a vraiment été épargné dans l’histoire de mes parents et de leur héritage familial respectif. L'un de mes frères, aujourd'hui sorti de tout ça, est passé par une grave toxicomanie. Un autre est alcoolique depuis des années. Il m'appelle encore parfois pour dire des choses incompréhensibles, me dire qu'il m'aime avant de me menacer quelques secondes plus tard. Je l'ai bloqué depuis longtemps, mais je reçois encore ses messages sur mon répondeur.

(À lui aussi), je lui avait tenu la main à l'hôpital, pendant des jours.

Mon frère aîné, lui, vit presque en ermite. Il ne semble pas malheureux, mais il ne parle à personne. Je n'ai même pas son adresse et il n'a pas de téléphone.

Et c'est peut-être ça que la mort de mon grand-père est venue réveiller.

Je pensais que je pleurerais un homme. Mais je crois que je suis en train de pleurer un homme, toute une famille, et l’histoire de notre vie depuis plusieurs générations. 

__Quand j'ai appris la mort de mon grand-père, en lisant ce message de mon oncle sur WhatsApp, j'ai simplement regardé dans le vide, au milieu de ma cuisine. Il ne se passait rien. Enfin, c'est ce que je croyais. 

Je suis comme ça depuis petite, quand je reçois une nouvelle importante, bonne ou mauvaise, je ne ressens souvent rien sur le moment. Les émotions arrivent après. Parfois des heures plus tard. Parfois des jours, même. Je me réveille en sursaut la nuit en pensant que je vais mourir ou j’éclate en sanglots parce que j’ai écrasé un escargot sans le vouloir. C’est comme ça que ça sort, quand mon stylet est trop loin pour exprimer ça autrement. 

Niko est descendu de l'étage. Il avait reçu le même message.

Je me souviens l'avoir vu observer mon visage pendant quelques secondes, comme s'il essayait de sonder ce qui se passait derrière mes yeux. Puis il m'a prise dans ses bras, mais je n'avais accès à rien. À aucune pensée, aucun mot, ni aucune émotion identifiable. Mes yeux regardaient le carrelage - je me souviens même avoir remarqué un insecte qui avançait sur le sol - mon cœur continuait de pomper du sang, mes poumons continuaient de se gonfler et de se vider sans que j'y pense, et mon corps fonctionnait exactement comme la veille. La seule différence, c'est que mon grand-père était mort.

Puis Niko m'a conseillé d'appeler mon père. Ou peut-être mon frère, pour le prévenir, parce que mon père ne parle plus à son propre fils tout en soutenant bec et ongles qu'il n'est pourtant fâché avec personne. Alors j'ai appelé mon frère puis mon père que je pensais déjà en ligne. 

Papa n'a pas dit grand-chose. Il était déjà au courant. Il a simplement répondu que c'était « l'ordre des choses ».

Quelques semaines auparavant, il me disait encore qu'il était fatigué de faire soixante-dix kilomètres pour aller voir Pépé à l'hôpital. Là, son propre père venait de mourir, et il ne semblait pas plus bouleversé que ça. C'était « l'ordre des choses ».

Je ne sais pas pourquoi cette phrase m'a autant marquée, mais je crois qu'elle résume assez bien sa façon de voir le monde. Quelque chose de clinique, de mathématique, comme si les événements appartenaient davantage à une logique qu'à une histoire humaine. Je ne comprends toujours pas cette distance. Cette manière de contourner certaines émotions comme si elles étaient des obstacles sur une route.

Je ne comprends pas davantage certaines décisions prises par ma mère au cours de sa vie. Toute cette ardeur, tout cet amour mal accueilli, déposé au mauvais endroit, qui a fini par se transformer en violence dans les gestes et dans les mots pendant mon enfance. Mais je crois que je comprends au moins une chose aujourd'hui : elle a passé trente-cinq ans à essayer de réparer quelque chose qui ne pouvait peut-être pas l'être, en se détruisant elle-même au passage. Et ses enfants ont porté ce poids avec elle. Ce traumatisme qui semble remonter du fond des âges, l'alcoolisme, les paradis artificiels, le repli sur soi, l'abandon dans le travail, dans la création ou dans n'importe quoi qui permet de ne pas regarder en face une douleur transmise de génération en génération.

Mon grand-père allait être enterré deux jours plus tard. La veille encore, j'aurais pu entendre sa voix. Et le lendemain, il serait sous terre.

Je ne sais pas pourquoi cette idée m'a autant frappée. Peut-être parce que la mort est d'une brutalité absurde. On passe d'une personne qui existe à une personne qui n'existe plus. D'une personne qui regarde tranquillement la télévision chez elle et qui peut encore répondre au téléphone à une personne qui ne répondra plus jamais, seule sous une pierre froide. Entre les deux, il n'y a parfois qu'une minute. Un jour tout au plus.

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Niko et moi avons pris la route et nous sommes arrivés directement au funérarium pour le voir. J'y ai retrouvé les personnes du début de ma vie, celles dont je vous parlais plus tôt. Elles m'ont prise dans leurs bras puis m'ont accompagnée jusqu'à mon grand-père.

Il avait les mains jointes et semblait dormir. Il avait même un léger sourire. Par moments, j'avais presque l'impression qu'il allait ouvrir les yeux ou réagir à ce qu'on disait, comme quelqu'un qui fait un rêve agréable et dont on perturberait un peu le sommeil. On aurait presque dit qu'il était heureux que nous soyons enfin tous dans la même pièce pour une fois.

Je me souviens surtout de la marque profonde de sa montre sur son poignet. La montre n'était plus là, mais l'empreinte profonde de l'objet était restée figée dans sa peau. Cette trace m'a bouleversée plus que je ne saurais l'expliquer, comme si son corps n'avait pas encore compris qu'il n'en aurait plus besoin.

J’ai pris instinctivement dans mes bras un de mes oncles. Cela faisait quinze ans que je ne l’avais pas vu. Je le redécouvrais presque, et pourtant tout cela semblait parfaitement naturel.

Il n’avait pas le regard fuyant de son frère, mon père. Ça m’a troublée. Parce que moi aussi, quelque part, j’ai du mal à soutenir longtemps le regard des autres. Lui regardait les gens droit dans les yeux, sans détour, soutenant longuement le regard. Comme s’il assumait pleinement de regarder le siège de leur âme.

Puis un autre de mes oncles s’est retenu de pleurer lorsque je l’ai remercié pour tout ce qu’il avait organisé. J’ai eu l’impression étrange que personne ne l’avait jamais remercié de toute sa vie. Alors, entre deux sanglots retenus, il m’a répondu :

« Tu sais, je ne te l’ai jamais dit, mais je t’aime beaucoup. Je te trouve rayonnante. »

Je crois que je n’oublierai jamais cette phrase.

Ma grand-mère était là elle aussi, tout près de mon grand-père. Cela faisait déjà plusieurs fois qu’on lui annonçait que Pépé était parti. En deux jours, elle l’avait appris trois fois, et trois fois elle avait réagi comme si elle le découvrait à l’instant même. Je l’ai serrée très fort dans mes bras. Elle m’a reconnue, m’a souri avec les larmes aux yeux et m’a dit que cela faisait des années que nous ne nous étions pas vues. Puis, quelques minutes plus tard, elle a discrètement demandé à ma tante qui j’étais.

Alors, quand tout le monde est sorti du funérarium, je suis restée seule avec mon grand-père. Enfin presque seule, parce que Niko était juste derrière moi, silencieux et bienveillant, comme un ange qui veille.

Et je lui ai parlé.

Je lui ai dit tout ce que je n’avais jamais dit. Que je regrettais les occasions manquées. Que nous nous étions loupés dans cette vie. Que je savais malgré tout que c’était quelqu’un de bien. Que nous aurions tout le temps de parler ensemble un jour, quand mon tour viendrait.

Je ne l’avais jamais serré dans mes bras de toute ma vie, et voilà que je lui caressais l’épaule en pleurant, que je lui disais que je l’aimais, que j’aurais aimé que les choses se passent autrement.

Puis je me suis souvenue de la dernière fois que je l’avais vu. Je lui avais présenté Niko. En lui disant au revoir, je lui avais touché l’épaule et dit : « Je t’aime, Pépé. » Je jurerais avoir vu des larmes dans ses yeux ce jour-là. Il souriait, mais son regard était grave. Je savais déjà que ce serait probablement la dernière fois. Parce qu’à cet âge-là, on ne peut pas revoir quelqu’un tous les cinq ans. Parce que 99 % du chemin est déjà derrière lui.

Cette fois, son épaule était froide, dure, et parfumée d’une odeur florale étrange qui est restée sur mes mains pendant toute une journée malgré les lavages. J’ai touché son front et j’ai eu l’impression de toucher du marbre froid recouvert d’un maquillage glissant sur une surface dure. C’était une sensation étrange, parce que je n’avais jamais touché le front de mon grand-père de toute ma vie, et voilà que la première fois que je le faisais, c’était au moment où il n’était déjà plus là.

Mon père, lui, n’est pas venu au funérarium ce jour-là. Il ne m’a pas demandé quand j’arrivais, ni quand je repartais. Il ne m’a pas invitée à prendre un café, à le rejoindre quelque part, à partager ne serait-ce qu’un petit moment autour de tout ça. Et pourtant, la dernière fois que je l’ai vu, c’était quand je lui ai tenu la main pendant cinq jours à l’hôpital, en début d’année. Quand j’ai passé mon anniversaire là-bas, assise à son chevet, en priant pour qu’il se réveille.

Quand je lui en parle aujourd’hui, il évite le sujet. Quand Niko l’évoque, il dit qu’il ne se souvient de rien et que ce qui l’embête surtout, c’est d’avoir repris douze kilos sur les huit qu’il avait perdus à l’hôpital.

Avant ça, cela faisait déjà trois ans que je ne l’avais pas vu. Et pourtant, nous étions si proches quand j’étais petite. Si proches quand j’étais adolescente. Si proches même lorsque je suis devenue jeune adulte. 

Le lendemain du funérarium, j’ai glissé un dessin près du cœur de mon grand-père dans son cercueil. La scène aurait pu être plus solennelle. Mais lorsque mon oncle m'a proposé d'être la première à déposer un objet, j'ai balbutié un "moi ?", persuadée que d'autres personnes plus légitimes, qui l'avaient mieux connu, devaient passer avant. Alors quelqu'un a déposé une photo, comme pour éviter de faire durer ce moment où un ange passe, puis ma cousine est venue me chercher gentiment par le bras, son geste voulant presque dire "tu as toute ta place près de lui".

Puis il y a eu la cérémonie, au cimetière, sous un arbre centenaire.

Mon oncle a prononcé un discours magnifique dans lequel j’ai découvert des morceaux de vie de mon grand-père que je ne connaissais pas. Notamment cette histoire où il était parti travailler à vélo et était revenu à pied en oubliant complètement qu’il avait pris son vélo le matin. Ou encore cette fois où il était allé à la boulangerie en portant les lunettes papillon de ma grand-mère sans s’en rendre compte, persuadé qu’il avait les siennes sur le nez. À cet instant, j’ai compris que nous étions peut-être bien plus proches que je ne l’aurais cru.

Et j’ai pleuré. J’ai pleuré du début à la fin.

J’ai pleuré avec mon mari. J’ai pleuré entourée de mes frères, mes bras autour de leurs épaules et eux autour des miennes. J’ai pleuré avec mes oncles, ma tante, ma grand-mère. J’ai pleuré en regardant ce tout petit vieux sourire sur son lit de mort alors qu’il avait autrefois été un jeune homme athlétique, plein d’énergie et toujours de bonne humeur.

J’ai pleuré avec beaucoup d’amour et de tendresse pour lui.

J’ai pleuré pour tout ce qui aurait pu être. Pour tout ce qui aurait peut-être dû être.

J’ai pleuré sur le temps qui passe, sur les occasions manquées, sur les années qui filent sans qu’on s’en rende compte.J'ai pleuré de tant de gentillesse envers moi malgré les années et la distance.

J’ai pleuré parce que je venais de perdre mon grand-père.Mais j’ai aussi pleuré avec cette sensation amère d’avoir perdu mon père bien avant lui, sans même savoir exactement quand ni comment cela s’était produit. J'ai pleuré parce que une mère, ma mère me manquait.

Et pourtant, quelques jours auparavant…

J’étais persuadée que tout cela ne me ferait rien.

Hello friends.

It’s been about five days since I posted anything here. Some of you already know this: I lost my grandfather a few days ago.

I was convinced it wouldn’t affect me.Some time ago, I told you that, not without guilt.Because I didn’t really know my grandfather.

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He was already spending a lot of time in the hospital, going back and forth between there and home, and it had been several years since we had any real contact. I barely knew my grandfather between the ages of 4 and 25 because my parents were estranged from part of the family. My grandfather and I tried, each in our own way, to vaguely build something. Phone calls once or twice a year, little notes sent through the mail. And yet, there were all those calls I never answered, those moments when I told myself I would call back later, or even sometimes that it was already too late, that we should have gotten to know each other when I was a child and not now that I was an adult.

I particularly remember that he called me the day before our wedding. That day, I didn’t answer. I was busy, running around everywhere, cooking with a friend who was also one of our witnesses. In truth, I think I mostly found the situation strange and deeply uncomfortable. I knew he was calling to congratulate me, and I didn’t know what to do with those congratulations. How do you thank a grandfather for his good wishes when, in an ideal world, he should have been there that day but wasn’t? How do you not feel sadness, discomfort, and a certain sense of injustice all at the same time in a situation like that?

I let it ring. Telling myself I would call back later. Like we all sometimes do.

And I never called back.

I don’t know why I reacted that way. It was probably very cowardly of me. Or maybe it was something else, something impossible to define.

Maybe my reaction was a form of protection in a complicated family, where certain wounds and disappointments have eventually made simple relationships far more difficult than they should be. I think, above all, that I simply didn’t know what to say in response to that call, nor to everything it represented in my life without a real family cocoon. Without the real presence of grandparents.

When I was born, though, I had a big family. My parents were together, we saw my grandparents, my uncles, my aunts, and I had three teenage older brothers. But my parents were two extremely different people. What made them a team and what initially made them complementary eventually drove them apart, then tore them apart. So much so that, even now, years after their divorce, they still talk about each other rather than to each other.

My father is someone whose real feelings I sometimes struggle to understand. Sometimes I even wonder whether he feels anything at all, which is funny. I think he feels an enormous amount, but almost systematically forbids himself from showing it, and I don’t know why. He is very down-to-earth, very rational, very pragmatic. To him, everything seems explainable, analyzable, something that can be broken down and understood. Human relationships, love, family ties, faith in something, whatever it may be. Everything passes through the filter of logic. He’s the kind of person who tells his daughter, “To properly prepare for a marriage, you have to properly prepare for the divorce,” when she happily announces that she’s getting married.

Tender gestures are rare, and displays of affection are too. If you don’t call him, he doesn’t call you. And when he finally does call, it’s often to remind you that you haven’t called. That’s just how he is.

When you confide in him about something that hurts you, he hears criticism. When you talk to him about something positive, he tends to think he’s responsible for it. And I often feel like he swings between those two interpretations of the world, because accepting the full complexity of human emotions would also mean accepting his own vulnerability. His sensitivity remains a mystery to me.

My mother is very different.

While my father was born into a fairly well-off family of shopkeepers in 1960s Lille, my mother grew up in a deeply dysfunctional family where poverty, shouting, and alcoholism had ruled for generations.

At her core, she was someone very bright. Someone cheerful, creative, curious about everything. She was interested in music, travel, other cultures, films, theatre, books, interior design, drawing. There was something very sunny about her. But behind that light there was also an immense sadness, forged by the violence, humiliation, and insecurity of her childhood. And the shadow of parents she cut ties with around the age of thirty-five.

I don’t know exactly what she saw in my father, considering how differently they were shaped. She probably saw a form of stability in him. His sense of humor and his go-getter attitude. Maybe she found in him the structure and security she had always been looking for. Or maybe the answer is simpler and older than that, because before he was her husband, he had first been her childhood friend.

And yet, over time, misunderstandings piled up. Open wounds multiplied.

My father never seemed to love enough a woman who, for her part, loved too intensely and poured everything into her relationship, hoping to finally have the family she had never had. She imagined going far with him. She genuinely tried to make him become what she hoped for: someone expressive, curious about the world, open with his emotions. Maybe he was a little like that in the beginning. I don’t know, and I think I never will.

Then the years passed. My father climbed the ranks within his company. The young man with bell-bottoms and a leather jacket, the one who laughed with his friends on his moped and got up at five in the morning without complaining, gradually became a man of responsibility. Respected and appreciated. Admired, even. Attentive to others, certainly, but also increasingly attentive to what others thought of him.

According to my mother, he changed from that exact moment on. He would sometimes say with a certain pride that at work, “people were afraid of him.” She never knew whether it was because of his skills, or because of certain character traits that were starting to reveal themselves. On her side, she no longer really recognized the man she had fallen in love with, nor the child she had played with in the streets of Lille. At the time, I was still little, and I had him on a pedestal. I loved my mother just as much, by the way.

She had always been missing something. Love. Recognition. Affection. A loving family. She often told me, while looking up at the dark sky, that she was convinced someone loved her somewhere, but that she simply hadn’t found them on this planet.

With time, she started drinking.

My father would find empty bottles hidden in the most unlikely places: in the garage, behind cookbooks, novels, travel guides, records. And inevitably, what had once been bright within her became dark. Her “I love yous” turned into “I hate yous.” The strokes of affection on my head turned into slaps. It was always the same person. Always the same intensity. But with a poison spreading between the two. Back then, my father would quantify his love for her by saying: “Before, your mother was mean one day out of thirty-one. Now, she’s nice one day out of thirty-one.”

Of course, not everything is my father’s fault, and not everything is my mother’s fault either. It’s just that their passionate love story eventually turned into destruction. And we, their children, became the receptacles for all that pain and all those misunderstandings. Speaking of that, looking back, I sometimes feel like they remained children too. My mother, a wounded child who had never received what she needed. My father, a child who had known security, present parents, a stable home, but who didn’t know what to do in the face of suffering he couldn’t understand. And nobody knew what to do with any of it.

Parentified, I became my father’s therapist and confidante at thirteen, when their relationship became far too difficult for them to manage. I found myself listening to relationship stories I should never have heard. Trying to untangle problems I had never experienced. Playing a role that wasn’t mine. And the closer I grew to him, the more my mother seemed to reject me and think I was “on his side,” when all I was trying to do was save whatever could still be saved.

And whenever the two of them found themselves together, I was often rejected in turn, like a broken object no one knows what to do with anymore. Something you throw away because it no longer works, then occasionally pull back out of the trash in the hope that it might still be useful somehow.

Why am I telling you all this when I simply wanted to talk to you about my grandfather’s death?

Because in that context, my parents eventually closed themselves off completely, retreating into themselves and their own problems. My father into work. My mother into an addiction she has never acknowledged, not even today. And the rest of the family gradually drifted away until it disappeared altogether.

I lost an uncle when I was very young, and I had to grieve alone for someone who died in a brutal and traumatic way. I stopped seeing my aunt, my other uncles. I stopped seeing my cousins.

And I stopped seeing my grandparents.

It had already been a long time since they had disappeared from our daily lives. The official reason was that there had been a ridiculous argument over Christmas gifts. But looking back, I don’t think that was the real reason. I think an entire family was simply collapsing in on itself under the weight of years of unspoken things on all sides.

My brothers left home very early. Just like I did when I left at eighteen to live in a capital city that was completely unfamiliar to me. At the time, I was living in a garage beneath a townhouse. And paradoxically, it felt emotionally safer.

No one was really spared in the story of my parents and their respective family legacies. One of my brothers, who has since come out the other side of it all, went through a severe drug addiction. Another has been an alcoholic for years. He still calls me sometimes to say incomprehensible things, to tell me he loves me before threatening me a few seconds later. I blocked him a long time ago, but I still receive his messages on my voicemail.

(I held his hand in the hospital too), for days.

My oldest brother lives almost like a hermit. He doesn’t seem unhappy, but he doesn’t talk to anyone. I don’t even have his address, and he doesn’t have a phone.

And maybe that’s what my grandfather’s death brought back to the surface.

I thought I would be mourning a man. But I think I am mourning a man, an entire family, and the story of our lives across several generations.

When I learned about my grandfather’s death, by reading my uncle’s message on WhatsApp, I simply stared into space in the middle of my kitchen. Nothing was happening. At least, that’s what I thought.

I’ve always been like that. Since I was little, when I receive important news, whether good or bad, I often feel nothing in the moment. The emotions come afterward. Sometimes hours later. Sometimes days later, even.

I wake up in the middle of the night thinking I’m about to die, or I burst into tears because I accidentally stepped on a snail. That’s how it comes out when my stylus is too far away to express it any other way.

Niko came downstairs. He had received the same message.

I remember watching him study my face for a few seconds, as if he were trying to figure out what was happening behind my eyes. Then he took me in his arms, but I had access to nothing. No thoughts, no words, no identifiable emotions. My eyes were fixed on the tiles — I even remember noticing an insect crawling across the floor — my heart kept pumping blood, my lungs kept filling and emptying without me thinking about it, and my body was functioning exactly as it had the day before. The only difference was that my grandfather was dead.

Then Niko suggested I call my father. Or maybe my brother, to let him know, because my father no longer speaks to his own son while insisting with all his might that he isn’t actually angry with anyone. So I called my brother, then my father, whom I assumed was already on the phone.

Dad didn’t say much. He already knew. He simply replied that it was “the natural order of things.”

A few weeks earlier, he had still been telling me how tired he was of driving seventy kilometers to visit Grandpa in the hospital. Now his own father had just died, and he didn’t seem particularly shaken by it. It was “the natural order of things.”

I don’t know why that sentence affected me so much, but I think it sums up his way of seeing the world rather well. Something clinical. Mathematical. As though events belong more to logic than to a human story. I still don’t understand that distance. That way of stepping around certain emotions as if they were obstacles in the road.

I don’t understand some of the choices my mother made throughout her life either. All that passion. All that love, poorly received, placed in the wrong place, eventually turning into violence in actions and words throughout my childhood. But I think I understand at least one thing today: she spent thirty-five years trying to repair something that perhaps could never be repaired, destroying herself in the process. And her children carried that burden with her. That trauma that seems to come from the depths of time itself, alcoholism, artificial escapes, withdrawal from others, burying yourself in work, in creation, or in anything that allows you to avoid looking directly at pain that has been passed down from generation to generation.

My grandfather was going to be buried two days later. The day before, I could still have heard his voice. And the next day, he would be underground.

I don’t know why that idea hit me so hard. Maybe because death is absurdly brutal. You go from a person who exists to a person who no longer exists. From a person quietly watching television at home, someone who can still answer the phone, to a person who will never answer again, alone beneath a cold stone. Sometimes there is only a minute between those two realities. A day at most.Niko and I hit the road and went straight to the funeral home to see him. There, I found the people from the beginning of my life again, the ones I was talking about earlier. They hugged me and then accompanied me to my grandfather.

He had his hands folded and looked as though he were sleeping. He even had a faint smile on his face. At times, I almost felt as though he might open his eyes or react to what we were saying, like someone having a pleasant dream whose sleep you are slightly disturbing. You could almost believe he was happy that we were finally all in the same room together for once.

What I remember most is the deep mark his watch had left on his wrist. The watch was gone, but the deep imprint of it remained frozen in his skin. That mark moved me more than I can explain, as though his body still hadn’t realized he would never need it again.

Instinctively, I wrapped my arms around one of my uncles. I hadn’t seen him in fifteen years. I was almost discovering him all over again, and yet everything felt perfectly natural.

He didn’t have the evasive gaze of his brother, my father. That unsettled me. Because somewhere, I also struggle to hold people’s gaze for very long. He looked people straight in the eyes, without hesitation, holding their gaze for a long time. As though he fully accepted looking directly at the seat of their soul.

Then another of my uncles fought back tears when I thanked him for everything he had organized. I had the strange feeling that no one had ever thanked him in his entire life. So, between two restrained sobs, he replied:

“You know, I’ve never told you this, but I love you very much. I think you’re radiant.”

I don’t think I will ever forget that sentence.

My grandmother was there too, very close to my grandfather. She had already been told several times that Grandpa was gone. In two days, she had learned it three times, and three times she reacted as though she were hearing it for the very first time. I held her very tightly in my arms. She recognized me, smiled at me through tears, and told me it had been years since we had seen each other. Then, a few minutes later, she quietly asked my aunt who I was.

So when everyone left the funeral home, I stayed alone with my grandfather. Well, almost alone, because Niko was right behind me, silent and kind, like an angel keeping watch.

And I talked to him.

I told him everything I had never said. That I regretted the missed opportunities. That we had missed each other in this life. That I knew, despite everything, that he was a good man. That one day we would have all the time in the world to talk together, when my turn came.

I had never hugged him once in my entire life, and there I was, stroking his shoulder while crying, telling him I loved him, telling him I wished things had happened differently.

Then I remembered the last time I had seen him. I had introduced him to Niko. When I said goodbye, I touched his shoulder and said, “I love you, Grandpa.” I would swear I saw tears in his eyes that day. He was smiling, but his gaze was serious. I already knew it would probably be the last time. Because at that age, you can’t see someone only once every five years. Because 99% of the road is already behind him.

This time, his shoulder was cold, hard, and carried a strange floral scent that stayed on my hands for an entire day despite repeated washing. I touched his forehead and felt as though I were touching cold marble covered with makeup sliding over a hard surface. It was a strange feeling because I had never touched my grandfather’s forehead in my entire life, and the first time I did, he was already gone.

My father, meanwhile, didn’t come to the funeral home that day. He didn’t ask me when I was arriving or when I was leaving. He didn’t invite me for a coffee, didn’t ask me to meet him somewhere, didn’t try to share even a small moment around all of this. And yet, the last time I had seen him was when I held his hand for five days in the hospital at the beginning of the year. When I spent my birthday there, sitting beside his bed, praying that he would wake up.

When I bring it up today, he avoids the subject. When Niko mentions it, he says he doesn’t remember any of it and that what bothers him most is that he regained twelve of the eight kilos he had lost while in the hospital.

Before that, it had already been three years since I had seen him. And yet, we had been so close when I was little. So close when I was a teenager. So close even when I became a young adult.

The day after the funeral home, I slipped a drawing near my grandfather’s heart inside his coffin. The scene could have been more solemn. But when my uncle suggested that I be the first person to place an object inside, I stammered, “Me?”, convinced that other people, more legitimate than I was, people who had known him better, should go first. So someone placed a photograph there, almost as if to avoid prolonging that suspended moment when an angel passes through. Then my cousin gently came to get me by the arm, her gesture almost saying, “You belong here beside him just as much as anyone else.”

Then there was the ceremony, at the cemetery, beneath a century-old tree.

My uncle gave a beautiful speech in which I discovered parts of my grandfather’s life that I had never known about. In particular, the story of the time he rode his bicycle to work and came back on foot because he had completely forgotten that he had ridden there that morning. Or the time he went to the bakery wearing my grandmother’s butterfly-shaped glasses without realizing it, genuinely convinced that he had his own on his nose. In that moment, I realized that we might have been much closer than I had ever thought.

And I cried. I cried from beginning to end.

I cried with my husband. I cried surrounded by my brothers, my arms around their shoulders and theirs around mine. I cried with my uncles, my aunt, my grandmother. I cried while looking at that tiny old smile on his deathbed, when he had once been a young athletic man, full of energy and always in a good mood.

I cried with so much love and tenderness for him.

I cried for everything that could have been. For everything that perhaps should have been.

I cried over the passing of time, over missed opportunities, over the years that slip by without us even noticing.

I cried because of so much kindness shown to me despite the years and the distance.

I cried because I had just lost my grandfather.

But I also cried with the bitter feeling that I had lost my father long before him, without even knowing exactly when or how it had happened. I cried because I missed a mother, my mother.

And yet, just a few days earlier...

I was convinced none of this would affect me.

Zazah PATREON 37 favs
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POSTEDJun 2, 2026
ARCHIVEDJun 2, 2026